Auteure du site
Polythéiste de tradition (indo-)européenne (nordique, celtique, illyrienne…), j’ai pourtant fait mes premiers pas, il y a plus de vingt ans, dans la tradition égyptienne. J’y ai découvert une sagesse vivante, qui m’a initiée en douceur et réconciliée avec la notion de polythéisme. Je considère cette période comme fondatrice dans mon parcours, et la spiritualité des anciens égyptiens comme une tradition « mère ». Elle m’a ouvert le chemin vers les cultes de mes ancêtres et de ma terre. Sans cette longue immersion, je ne pense pas que j’aurais pu ensuite aborder les autres polythéismes avec autant de profondeur. Les divinités égyptiennes ont été les premiers aspects du divin auxquels j’ai été sensible. À travers eux, j’ai grandi, mûri et trouvé une direction claire sur mon chemin polythéiste. Aujourd’hui encore, bien que ma pratique ait évolué, je reste profondément touchée par cette forme ancienne de religiosité. Leur présence continue de m’inspirer, comme une lumière familière au loin, un rappel de mes débuts — intense, structurant, fondateur. Ce n’est peut-être plus le cœur vivant de ma pratique quotidienne, mais c’en est toujours la racine, le socle où s’est développé ma relation au sacré.
Racines spirituelles et lignées ancestrales en Europe
Mes ancêtres se trouvent entre autre parmi les celtes Ambilâtres, qui occupaient le sud de la Loire autour de la Sèvre Nantaise, mais aussi les Taïfales (fondateur de Tiffauges) que les romains contraignirent à l’exil depuis l’Olténie jusqu’au Bas Poitou. D’autres racines plongent dans les cultures celtiques (période de Hallstatt et au-delà), ainsi que parmi les peuples germaniques et illyriens : des mondes spirituels variés, mais unis par leur appartenance à la grande famille indo-européenne.
Pouvoir féminin et recentrage personnel
J’ai traversé une phase féminin sacré (2010-2017), qui m’a permis de reconnaître la légitimité des femmes dans le domaine spirituel, leur force, leur droit à incarner un leadership spirituel et à vivre librement leur foi. Mais j’ai compris que je n’étais pas centrée sur le culte de la Déesse. Ce culte n’a jamais été dominant chez moi, même si je l’ai traversé plus intensément à cette époque.
Une approche reconstructionniste du polythéisme européen
Je me définis plutôt comme une polythéiste reconstructionniste. J’utilise la méthode reconstructionniste, sans pour autant adhérer à sa une forme idéalisée et dogmatique. Je ne crois pas possible, ni réaliste, de recréer à l’identique une tradition ancienne interrompue dans le temps. J’ai mis du temps à relier ma propre histoire à celles des peuples et polythéismes européens, via la généalogie, l’étude des migrations anciennes et l’évolution des cultures européennes. Ce lien s’affermit progressivement avec l’âge. Aujourd’hui, je prends le temps de mûrir les choses sans précipitation. Mon dévouement est plus discret, intime et personnel. Même si j’aime partager autour des polythéismes, je choisis de moins révéler les détails intimes de mes relations aux divinités. Je ne souhaite pas offrir un témoignage spectacle ou voyeuriste.
Authenticité et simplicité païenne
J’aimerais revenir aux blogs intimistes, aux confidences mesurées et aux expériences partagées qui tissent des liens, bâtissent un réseau d’entraide, de fraternité et de sororité entre polythéistes. Il est essentiel pour moi de vivre cette voie sans honte, de trouver mes pairs, de porter mémoire et de transmettre. Ce qui m’importe, c’est d’en respecter l’esprit tout en tenant compte des contraintes présentes. Nos sagesses et spiritualités anciennes peuvent encore nous guider face aux enjeux contemporains, nous aider à trouver du sens, à vivre ensemble, à cultiver la joie et l’abondance sans détruire notre avenir, ni la Terre.
Vigilance dans le milieu païen, ésotérique, etc
Enfin, l’humilité et la sagesse restent pour moi des valeurs fondamentales. J’ai appris à mes dépens que l’ego spirituel, le manque de modestie quant à nos acquis, peuvent nous éloigner du vrai chemin. La quête spirituelle attire souvent des personnes en souffrance ou en recherche d’éléments pouvant inconsciemment combler leurs manques. Il faut donc être prudent dans les relations, car ce milieu peut être marqué par des rencontres conflictuelles, parfois toxiques, mais aussi heureusement par des amitiés saines.
Il faut se garder de l’illusion de se croire guéris, guides ou spécialistes après une expérience mystique, quelques mois ou années de pratique. En réalité, le chemin est sans fin, l’apprentissage perpétuel. L’acquisition de connaissances ne garantit pas une expertise immuable. Au contraire, plus on apprend, plus on mesure l’étendue de sa propre ignorance, comme le disait Socrate : « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien ».
Irmine d’Othala, 23 juillet 2025
Témoignage rédigé en Bretagne non loin de la Forêt de Brocéliande