Il y a plus de deux millénaires, un chef gaulois franchit les Alpes et entra dans l’Histoire. Son nom était Brennus (rien à voir avec le fameux bouclier de Brennus au Rugby), le meneur des Sénons, un peuple celte venant des terres que nous appelons aujourd’hui Bourgogne. En 390 avant notre ère, il écrasa les légions romaines, pénétra dans la ville Rome et imposa aux vaincus une rançon. Ce jour-là, un Gaulois fit plier la fierté romaine. Aujourd’hui, Brennus n’est pas qu’un vague souvenir de manuel scolaire (enfin pas pour tout le monde). Il incarne un ancêtre héroïque, un nom qui résonne dans notre mémoire collective.

Photo Pexels – Daniel Guti

Les origines de Brennus

Le nom Brennus (ou Brennos) pourrait dériver d’une racine celtique, telle que « brano- » ou « branos », signifiant « corbeau » — un oiseau sacré associé à la guerre et à la prophétie — ou bien d’un titre honorifique proche de « chef » ou « commandant ». Son origine précise reste inconnue. On ignore qui sont ses parents, sa famille. Mais les sources antiques le qualifient d’aristocrate guerrier, probablement issu d’une lignée de chefs sénons. Brennus se distingua par sa capacité à rassembler sous sa bannière des guerriers issus de plusieurs tribus celtiques, renforçant ainsi la puissance de ses campagnes.

Il appartenait au peuple des Sénons, installé dans le nord de l’actuelle Bourgogne et le sud de la Champagne, dont la capitale était Agedincum, aujourd’hui Sens. Vers 400 av. J.-C., une partie des Sénons quitta ces régions pour s’établir en Italie du Nord, sur les fertiles plaines de la future Gaule cisalpine. Cette migration s’inscrivait dans un mouvement plus large de peuples celtes vers le sud et l’est, profitant de la faiblesse relative des cités voisines. Le contexte diplomatique entre Étrusques et Romains était tendu : Clusium, menacée par les Sénons, appela Rome à l’aide. L’intervention directe des ambassadeurs romains aux côtés des Étrusques fut perçue par Brennus comme une violation des règles sacrées, un véritable incident diplomatique, déclenchant ainsi sa marche contre Rome.

La bataille de l’Allia : un jour funeste pour Rome

Le 18 juillet 390 av. J.-C., sur les rives de l’Allia, Brennus déploya toute la vigueur et la mobilité des guerriers gaulois. Face à lui, une armée romaine mal préparée, mal positionnée, incapable d’endiguer la charge dévastatrice qui s’abattait sur elle. En quelques heures, les lignes romaines furent brisées. Beaucoup de soldats, dans leur fuite paniquée, se noyèrent dans les eaux du Tibre. La route vers Rome était désormais grande ouverte. Cette défaite fut si traumatisante que les Romains en gardèrent le souvenir comme un jour néfaste, une date à éviter pour tout événement important. On parle d’un jour maudit (dies religiosus) ou un jour funeste (dies astra).

Le sac de Rome et le “Vae victis”

Brennos au sac de Rome – image générée via SORA IA

Rome, sans défense, tomba aux mains des Sénons. Seul le Capitole résista, gardé nuit et jour par une poignée d’hommes. La légende raconte que, lors d’une attaque nocturne, les oies sacrées de Junon réveillèrent les défenseurs, sauvant ainsi la forteresse. Finalement, acculés et affamés, les Romains acceptèrent de payer une rançon de mille livres d’or pour sauver leur ville. Lorsque des voix s’élevèrent pour dénoncer des poids truqués, Brennus jeta son épée sur la balance et prononça ces mots restés célèbres : Vae victis — « malheur aux vaincus ».

Brennus, un chef de la tradition celtique

Le chef dans les sociétés celtiques n’est pas simplement un commandant militaire. Il est aussi un pivot social et religieux, chargé de représenter l’honneur collectif de sa tribu, de préserver la mémoire des ancêtres, d’assurer la prospérité et la cohésion du groupe. Ce rôle est profondément lié à des valeurs comme le courage, la loyauté, le respect des traditions et la protection du peuple.

Brennus incarne les qualités d’un chef de clan et guerrier, qui sut faire face à un adversaire redoutable. Conduit par les besoins de son peuple, en quête de nouvelles terres et confronté à des tensions croissantes avec ses voisins, il mena les Sénons dans une entreprise audacieuse. Son attaque contre Rome, motivée à la fois par une provocation diplomatique et une opportunité stratégique, fut à mon sens un acte de défense de l’autonomie, de l’honneur et de la dignité collective des Senons.

Il nous enseigne que la liberté ne se donne pas, elle se préserve avec courage et responsabilité. L’honneur est un engagement qui pousse à agir avec détermination, mais aussi avec discernement, en pesant les conséquences comme le ferait un chef avisé.

Au même sujet

  1. Hystorasia – Brennus, le Gaulois qui mit Rome à genoux
    https://www.hystorasia.com/brennus-le-gaulois-qui-mit-rome-a-genoux/
  2. World History Encyclopedia – Brennus (version française)
    https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-352/brennus/
  3. LJallamion – Brennus
    https://www.ljallamion.fr/spip.php?article9361
  4. Kruta, Venceslas. Les Celtes : Histoire et dictionnaire. Robert Laffont, 2000.
  5. Delamarre, Xavier. Dictionnaire de la langue gauloise : une approche linguistique du vieux-celtique continental. 2ᵉ éd., Paris : Errance, 2003.

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